L'accessibilité, on s'en fout de plus en plus ? Moi, non.

L'accessibilité, on s'en fout de plus en plus ? Moi, non. (le 26/04/2013)

Alors, suite à une remarque lancée par QuentinC sur Alsacréations : L'accessibilité, on s'en fout ?, plusieurs réactions.

Déjà posons le contexte de mes réactions, je n'avais pas compris sur Twitter que l'intéressé était directement concerné par le sujet, étant selon ses paroles quasiment non-voyant. Donc, effectivement, ma parole était maladroite et a pu être mal comprise, et ça je m'en excuse. Sans aucune condescendance car je la maintiens, toutefois je vais l'expliquer ici bas.

Sophie Drouvoy a commenté cette remarque sur son blog, à lire de suite.

Stéphane Deschamps y est allé de son commentaire, fort intéressant également : Défaitisme et accessibilité.

Voici pêle-mêle les réflexions que cela me pose.

On s'en fout de l'accessibilité

« On » ? C'est qui « on » ? Moi, non.

Non, en dehors de tout affect, je pense qu'il ne faut pas s'en foutre. Objectivement. Ne serait-ce que pour des raisons de bon sens, se couper sciemment d'un public est un non-sens en matière de Web, qui est et doit être avant tout une solution universelle, même et surtout si elle est imparfaite. Comme je l'écrivais dans mon article sur les contrastes de texte sur OpenWeb :

Les problèmes de vue s’accentuant avec l’âge et le secret de l’éternelle jeunesse n’ayant pas encore été découvert, il est aisé de comprendre qu’un jour ou l’autre, inévitablement, la question de la lisibilité des textes va se poser à une grande majorité de personnes.

Évidemment, la phrase ne concerne que les contrastes, mais elle peut bien se généraliser à l'accessibilité. Sans être sourd, en roulant, je remarque que j'écoute la radio plus fort qu'il y a 10 ans, et je n'ai pas une voiture plus bruyante pour le justifier. D'ailleurs, j'ai des lunettes depuis quelque temps.

Mythes autour de l'accessibilité

Comme le dit très justement Stéphane, il y a un mythe autour de l'accessibilité : certes cela coûte moins cher de l'inclure dès le début, mais cela n'est pas gratuit pour autant.

Cela prend du temps en formation, en code, etc. rien n'est gratuit en ce bas monde.

Ajoutons à cela que le Web évolue très vite, et l'accessibilité suit ce rythme effréné, ce qui m'a été confirmé à la Conférence Romande sur l'Accessibilité du Web. Les nouveautés de HTML5, ARIA, le support de tout cela dans les aides techiques comme Jaws, etc. tout cela évolue à une vitesse très impressionnante. De l'aveu même d'un des plus grands experts accessibilité (Jean-Pierre Villain pour ne pas le nommer), on est sur une situation pas stable.

À mon sens, l'accessibilité ne gagnera qu'en rentrant petit à petit dans les mœurs, de la base vers les sommets. C'est mon approche en tout cas. Je constate qu'objectivement, ça rentre petit à petit, même si effectivement c'est loin d'être la panacée.

Une perte d'énergie

J'ai dit que le défaitisme est une perte d'énergie, énergie qui pourrait être mieux utilisée. Et je maintiens. Car selon moi, le temps qu'on passe à expliquer pourquoi on ne peut pas quelque chose peut être consacré à chercher comment le faire, ou même à le faire.

Comprenez ma façon de penser dans sa globalité : elle peut être extrêmement brutale, car cela implique que potentiellement rien n'est impossible, donc que cela ME force à me bouger le train. Et je peux vous assurer que c'est pas génial pour ma zone de confort ni pour ma fatigue, et parfois pour la zone de confort des gens autour de moi (collègues entre autres). Typiquement, quand je vois qu'un collègue ne veut pas faire un effort minime pour l'accessibilité, alors que je lui ai expliqué comment faire, ça me fout en rage.

Ajoutez à cette façon de penser que je préfère voir le verre à moitié plein.

Par contre, qu'on ait un passage à vide, un ras-le-bol, ça je peux le comprendre, qu'on ait un handicap ou non d'ailleurs, c'est humain, et je ne fais pas du tout exception. En soi, j'attaque le défaitisme, pas les personnes (je ne suis pas un monstre non plus :) ).

Une formidable leçon d'espoir

Comme le dit encore très justement Stéphane, « vous allez me dire que je fais dans l'affect ». En ce qui me concerne, je ne vais pas le nier, il y a une part d'affect dans la volonté d'améliorer l'accessibilité de mes sites. Effectivement, j'ai un problème quand je me dis qu'une personne que je connais, que j'ai rencontrée, que j'apprécie est bloquée par ma faute sur un site alors que j'ai une solution.

Tout comme Stéphane, quand je fais de l'accessibilité, je pense surtout à quelqu'un, je l'avais déjà écrit il y a presque un an dans un commentaire sur l'Accessiblog.

C'est pour cela que j'invite les gens ayant des handicaps à en parler, à nous montrer, à faire du mobbying, à nous expliquer, beaucoup plus (et sur ce sujet, ça m'a donné des idées). Les événements comme la Conférence Romande sur l'Accessibilité du Web sont formateurs, car enfin je peux comprendre et m'améliorer. Et surtout je peux voir. On peut bien me dire 100 fois qu'il faut mettre un label pour lier un énoncé à un champ de formulaire, mais quand on me montre le réel bénéfice, je comprends.

Sans aucun angélisme (vraiment aucun), je trouve par exemple cela extraordinaire qu'un aveugle puisse surfer sur un site internet. C'est fantastique. C'est même pour moi une leçon d'espoir de voir cela rendu possible. Quand je m'aperçois qu'un commentaire sur mon site a été posté par une personne aveugle, je me dis que c'est génial, grâce à cela, je vais pouvoir discuter avec vraiment n'importe qui.

En soi, ça c'est pour l'affect. Pour mon côté pragmatique et pas du tout affect, je trouve cela sain dans le sens où cela supprime la discrimination, tant positive que négative. À mon avis, quand on se débarrasse de la discrimination, on vire aussi quelques cancrelats comme le misérabilisme, le politiquement correct, et ce n'est pas un mal de toucher ainsi du doigt le mot égalité.

C'est aussi pour cela que j'adore blaguer avec une certaine Sophie en lui demandant si elle fait la sourde oreille. Respectueusement, je chambre n'importe qui, et je vois pas pour une personne avec un handicap devrait y échapper. C'est une personne avant tout, et pas de discrimination, hop, blague pourrie pour tout le monde !

Permalien :

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4 commentaires

Posté par Alf le 26/04/2013 à 17:55:34
Tu préfères voir le verre à moitié plein, mais comme dirait Sheldon : "Techniquement, le verre est toujours plein..." (clin d’oeil)
Posté par Nico le 26/04/2013 à 20:22:26
Alf : la cuillère n'existe pas. Le verre non plus. (sourire)
Posté par Gaël le 30/04/2013 à 10:27:26
"Blague pourrie pour tout le monde", j'adhère totalement (grand sourire) Ça va devenir mon crédo pour l'accessibilité !
Posté par Vivien le 04/05/2013 à 11:52:18
Voici quelques points sur lesquels j'aimerai revenir, et qui ont à voir (de loin ou de près) avec ces récentes discussions autour de l'accessibilité web :

- Pour revenir sur cette phrase : [...]il y a un mythe autour de l'accessibilité : certes cela coûte moins cher de l'inclure dès le début, mais cela n'est pas gratuit pour autant.[...] C'est surtout que ce n'est pas quelque chose de quantifiable ni sur lequel on peut avoir un retour sur investissement. On est souvent obligé de s'appuyer sur les chiffres officiels (souvent un peu vieillots) et sur des généralités rabâchées.

- Des dit professionnels du web qui présentent sans impunité leur site avec un logo sans alternative, il y en a à la pelle, et on le sait. Pourquoi ? Ils s'en fiche ? Ça coûte trop cher ? Probablement que non.
Aller, trollons un peu : Un dès gros problèmes (ou avantage ?) du web, c'est que l'on peut se prétendre et se nommer comme on veut, et moi le premier (il suffit de regarder les portfolios d'étudiants qui sont à la fois développeur, webdesign et chef de projet...). Lorsque Tzeu lou demanda à Confucius à quoi il donnerait son premier soin si le prince de Wei l'attendait pour régler avec lui les affaires publiques, il répondit : "A rendre à chaque chose son vrai nom". Oui, mais faudrait-il encore que pour usurper un nom il faille que l'on définisse clairement ce que l'on est en droit d'attendre précisément de ce nom, et ça, Confucius, et bah il n'y avait pas pensé ! (sourire)
Un webmestre peut être un type qui met à jour un WordPress pour une association (oh le cliché... Je vous avais prévenu que c'était un troll :p), ou un gas qui gère la partie développement, graphique, communication et légale d'une application web.
Car tout à fait entre nous, si chaque intégrateur/développeur et chaque graphiste/webdesigner faisait soin de prendre en compte, parce qu'il aurait été précédemment formé à l'accessibilité en même temps qu'il aurait appris à faire un paragraphe en HTML, chaque critère directement lié à son activité, du référentiel AccessiWeb par exemple, il ne resterait au final qu'un travail nécessitant des connaissances plus poussées en accessibilité, voir dans certains cas un expert.
Si l'accessibilité fait le bonheur et la joie de nombre d'entre nous, nous ne combattons pas plus des alt vide que l'ignorance des "professionnels" du web.

- Allons un peu plus loin : Les différences, sous entendu dans notre cas "les handicaps", j'ai remarqué que l'être humain a en générale 3 façons pessimistes de les l'aborder. La première est d'en rire, la seconde d'en avoir peur, et la troisième de l'ignorer (je crois avoir déjà dis cette phrase quelque par...). Le web découle surement de ce troisième point. Car comme dit plus haut, ce que je ne connais pas et si je ne suis pas un tantinet curieux, je m'en fiche royalement, tant que mon site répond aux besoins du client. Client qui au passage ne vous dira probablement jamais que son site doit être accessible aux non-voyants (sauf si il est déjà sensibilisé et conquis), déjà parce qu'il n'y aura pas pensé, et ensuite parce qu'il aura d'autres choses en tête au moment du devis comme le prix, la forme du logo ou l'emplacement d'une publicité dans le template. Et puis tout simplement parce que ce n'est pas au client de vous le dire, c'est à vous, professionnel, de déterminer une solution technique et/ou visuelle à une problématique client. La façon dont vous faites votre pot-au-feu ne regarde que vous, tant que ce dernier est savoureux...

Autrement dit, si chaque professionnel du web était sensibilisé à l'accessibilité web dès sa formation, comme il l'est déjà aux avantages d'un code source bien documenté, valide W3C, ou un design fluide et ergonomique, peut-être n'aurions-nous pas ou moins ce genre de malaises... ?


Ps : Toutes mes excuses pour la longueur de mon commentaire :p

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Cet article a été écrit par Nicolas Hoffmann.

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